A l’étranger

Les besoins d’accueil pour la petite enfance sont en augmentation dans tous les pays d’Europe, et ce malgré la tendance générale à la baisse des taux de fécondité. Ces besoins sont liés à l’augmentation générale du taux d’activité féminine et à l’augmentation du nombre de familles monoparentales surreprésentées dans les familles pauvres.

Quelques chiffres

En Europe, seulement un quart des enfants entre 0 et 3 ans ont été accueillis dans des structures formelles (crèches) en 2006 (étude Eurostat).

Les chiffres varient énormément !

  • 73% pour le Danemark
  • 59% en Islande
  • 45% pour la Suède et les Pays-Bas
  • 31% pour la France
  • 2% pour la République-Tchèque et la Pologne
  • 33% au Royaume-uni et au Portugal
  • soit une moyenne de 26 dans l’Union européenne

De même l’investissement réalisé en matière de services de garde et d’éducation pour l’ensemble des enfants de moins de 6 ans est plus élevé dans les pays nordiques avec un taux de 1.8% du PIB en moyenne contre 0.7% dans les autres pays européens (et seulement 0.6% dans les pays anglo-saxons et asiatiques, 0.7% dans les pays d’Europe du Sud).

Différentes conceptions de la prise en charge de la petite enfance

La petite enfance et les modes d’accueil : une question relevant de la sphère privée ou de la sphère publique ? De la tutelle des affaires sociales ou de l’éducation ? Selon les réponses à ces questions, les pays européens organisent différemment la prise en charge de la petite enfance.

La petite enfance peut être considérée comme une étape en soi du développement, bien distincte du monde scolaire. C’est le cas des pays comme l’Allemagne où les jardins d’enfants sont développés. Les enfants y sont encadrés par des éducateurs et non des enseignants. D’autres pays ont développé des systèmes unifiés de prise en charge des enfants de la naissance à l’age de la scolarité obligatoire ans sous la tutelle d’un seul Ministère (par exemple le Ministère des Affaires sociales en Norvège). La Suède a fait le choix d’un système unifié en 1996 : la petite enfance est passée de la tutelle du Ministère des affaires sociales à celle du Ministère de l’Education. Le Royaume Uni s’oriente désormais dans cette voie.

En France, en Belgique, au Portugal ou en Italie, la petite enfance relève des deux secteurs de l’accueil et de l’éducation, sous la tutelle de deux Ministères différents (Affaires sociales-Santé et Education).

La prise en charge de la petite enfance : une priorité variable entre Nord et Sud

Seuls les pays scandinaves considèrent qu’il existe un DROIT à un service d’accueil pour les enfants de moins de 3 ans. Dans tous les autres pays européens, l’accès universel aux services d’accueil ne devient une priorité politique que pour les enfants de plus de 3 ans, ce qui se répercute sur les moyens alloués à ces structures.

Dans les pays scandinaves, les communes ont l’obligation d’accueillir les jeunes enfants.L’implication des parents dans l’organisation, les orientations, les budgets des structures d’accueil est très forte dans ces pays.L’investissement, marque d’un engagement des gouvernements, est très net dans les pays du Nord, plus riches. Le Danemark fait figure d’exemple avec 2,3 % du PIB destinés aux structures formelles. Le taux d’emploi des femmes y est particulièrement fort. En Suède, en cas de maladie d’un enfant de moins de 12 ans, ses parents ont droit à une indemnité parentale maximale de 60 jours par enfant et par an.

Dans les pays du Sud, le réseau des crèches est insuffisamment développé. Les modes de garde informels (par la famille) dominent. Il existe des disparités territoriales fortes entre les communes offrant des structures d’accueil convenables et d’autres où elles sont très insuffisantes.

Des politiques familiales incomplètes voire inexistantes, un facteur d’inégalités sociales

En Pologne, le taux de fécondité des femmes a chuté, il est parmi l’un des plus bas d’Europe. Or, aucune prise en charge de la petite enfance n’est développée dans le pays. Seuls 2% des enfants de moins de 3 ans sont accueillis dans des structures collectives. Ces chiffres sont similaires à la situation en République Tchèque. En Allemagne, le réseau des crèches est sous-développé. Moins de 10% des enfants de moins de 3 ans peuvent bénéficier d’un mode d’accueil hors de la maison familiale. Les inégalités entre hommes et femmes sont entretenues par les politiques familiales incomplètes et/ou qui manquent de cohérence. Les aides à la conciliation entre vie professionnelle et prise en charge de l’enfant de moins de trois ans existent, mais sont souvent adossées à des critères sociaux. Ce sont les femmes dans leur grande majorité qui renoncent à un emploi à plein temps. A titre d’exemple, à peine plus de la moitié des mères Britanniques d’enfants de moins de 5 ans travaillent à temps complet.

 

En savoir plus :

– Les politiques familiales des pays développées : des modèles contrastés / Olivier Thévenon, Population et société, septembre 2008.

– Accueil de la petite enfance en Europe / Sylvie Rayna, Mission maternelle, Académie Aix-Marseille

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