Maternité et vie sociale des femmes

9 Nov

Si on parle souvent d’articulation entre vie professionnelle et vie familiale, les temps de la vie d’une femme ne se limitent pas à son activité et à ses enfants. La vie sociale, l’entourage amical, les sorties, les activités sportives, loisirs, engagement associatif, syndical ou politique, font aussi partie de la vie de chacun-e. Ce ne sont pas deux mais trois voire dix vies qu’une femme doit mener de front : travailleuse, mère, amie, syndicaliste, sportive, etc.

Les médias nous vendent une image d’une mère super-héroïne capable de tout gérer de front : travail,  soins des enfants, tâches ménagères, et bien sûr cosmétique, épilation parfaite, Pilates et cours macramé avec les copines, etc. Or une journée ne dure que 24h !

Des engagements et une vie sociale différenciée selon le sexe

D’autres études ont aussi prouvés que les femmes devaient plus souvent renoncer à des aspects de leur vie sociale que les hommes[1]. Ainsi, en 2003, 53,8% des femmes renonçaient à participer à une vie associative, syndicale, politique contre seulement 43,5% des hommes. 50,6% des femmes renonçaient à voir des amis contre 43% des hommes.

Selon les chiffres clés de l’égalité 2011, les femmes sont seulement 29,9% à adhérer à une association en 2008 contre 35,6% des hommes (le taux d’adhésion augmentant en moyenne avec l’âge) et elles y ont moins souvent des responsabilités que les hommes (seuls 31% des présidents d’association sont des femmes par contre 57% des secrétaires en 2005). De même, les femmes ne représentent que 35% des élus syndicales au Comité d’entreprise. Pour ce qui des fédérations sportives, 63,4% des membres sont des hommes en France en 2010 selon le Ministère des Sports.

On note aussi que dans les communes de moins de 3500 habitants (plus de 90% des communes) – qui ne sont pas soumises aux dispositions de la loi sur la parité, les femmes ne représentent que 32.2% des conseillères municipales (sachant que dans l’ensemble des communes, le pourcentage des femmes maires n’est que de 14% en 2008).

Si les femmes s’engagent moins dans des loisirs ou des associations, cela ne vient pas uniquement du fait que cela ne les intéresse pas… et pas du tout par manque de temps!

Car, s’il faut le rappeler, les journées des femmes et des hommes sont très différentes !

L’inégale répartition des tâches ménagères

L’inégalité ne se manifeste pas seulement dans la répartition des tâches domestiques et parentales, mais aussi celle des loisirs (temps consacré à la télévision, à la lecture, au sport…). Les femmes y consacrent en effet en moyenne 3h46 par jour contre 4h24 pour les hommes. Donc en résumé, les femmes n’aimeraient pas le sport, ni la politique… mais  passer l’aspirateur et faire la vaisselle. Avant d’être affaire de goûts, c’est aussi parce que assumant 80% des tâches ménagères et 60% du temps parental (habillement, préparation des repas, transports, école, …) les femmes n’ont tout simplement pas le temps matériellement de s’investir à l’extérieur et anticipent ce temps nécessaire sur leurs autres activités. On note ainsi qu’en moyenne, les femmes consacrent 3h52 par jour aux tâches domestiques contre 2h24 pour les hommes[2]. Une autre différence fondamentale entre le temps consacré par les hommes et celui consacré par les femmes est que ces dernières gèrent plutôt le quotidien (le quantitatif, répétitif et permanent) quand les hommes se consacrent plutôt à des actions ponctuelles (ce qui se voit/dure – bricolage, jardinage – mais aussi temps qualitatif consacré le weekend aux enfants par rapport au soin quotidiens pris en charge par la mère). De même, si nous pouvons observer une certaine (trop lente) évolution, « s’occuper des enfants reste une prérogative féminine, plus encore, semble-t-il, que les activités domestiques »[3]. Même dans les couples où l’homme contribue le plus, la femme est le plus souvent celle qui assume la charge mentale de l’articulation (la planification, l’organisation et la gestion constante des tâches afin d’assurer la bonne marche du foyer étant le plus souvent de son ressort[4]). Par exemple, selon l’enquête Familles et employeurs de l’Ined (2004-2005), il arrive souvent ou parfois à 27% des femmes de prévoir des courses alimentaires sur son lieu de travail contre 15% des hommes ! On va aussi voir des femmes utiliser les RTT pour s’occuper des enfants le mercredi alors que les hommes vont plutôt les utiliser pour augmenter leur temps de loisirs (selon l’étude RTT et Mode de vie[5], dans le cas où la demi-journée de RTT par semaine était fixée, pour les parents d’enfants de moins de 12 ans, le mercredi était la journée choisie par 60% des femmes contre 27% des hommes).

Les loisirs et activités sportives

En ce qui concerne les loisirs, l’arrivée d’un enfant a également un impact différent pour les femmes et pour les hommes. Par exemple, 38% des mères ont renoncé à une activité artistique six mois après la naissance contre 18% des pères ; pour le sport, c’est 54% des mères contre 24% des pères. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons, d’abord une question de temporalité : les réunions d’associations et de partis politiques ont souvent lieu en soirée à un moment plutôt dédié à la famille alors que les pères se sentent plus libres de se dégager de leurs responsabilités familiales pour faire du sport ou avoir une activité extérieure. Les temporalités militantes seraient plus favorables aux hommes[6] par exemple. Mais c’est surtout car, assignées à la sphère domestique, elles manquent du temps libre nécessaire pour ces activités (i.e. pour un entraînement régulier, la participation aux répétitions d’une chorale, etc.). Sans mode d’accueil adapté, la pression est encore plus forte sur les mères.

Mais pourquoi les femmes ont-elles plus de mal que les hommes à laisser de la place à ces temps sociaux complémentaires à la vie professionnelle et familiale ?

Une pression encore très forte sur la « bonne » mère qui doit être à la maison

Encore aujourd’hui, alors que le taux d’activité des femmes est de 84,2% entre 25 et 49 ans et qu’elles représentent 47.7% de la population active en 2011[7], la charge de l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale repose encore trop souvent quasi-exclusivement sur les femmes, comme si elles devaient seules assumer la charge de l’évolution de la société, comme elles n’avaient droit que sous condition à l’autonomisation financière. Les femmes sont trop souvent élevées dans l’idée que ce seront à elles de faire des compromis pour que rien ne change à la maison – accompagnée de l’injonction à être des mères parfaites – même si elles ont une activité similaire aux hommes. Or c’est un obstacle tant à l’égalité professionnelle qu’à l’épanouissement personnel, et notamment à l’implication dans des activités complémentaires telles qu’un engagement sportif, politique ou associatif! De plus, cette pression est encore plus forte pour les familles monoparentales, pour lesquelles le parent est dans 85% une femme[8].

Ainsi, trop souvent, les femmes portent donc le poids de l’articulation, que cela soit par la cessation ou une réduction d’activité professionnelle[9]ou par un temps de loisirs moindre associé à des perspectives professionnelles moins favorables[10]. La qualité de vie des mères actives est un sujet trop peu traité car on oppose peu de solutions à cet impératif d’articulation à part des options qui ne sont que les reflets et les accélérateurs des inégalités existantes telles que les temps partiels ou congés parentaux qui vont les éloigner du marché du travail et de l’indépendance économique. Tant que l’articulation ne sera pas considéré de façon politique, comme une affaire de tous et non seulement des femmes, alors aucune évolution ne sera possible. Il est également primordial que tous les temps sociaux soient pris en compte dans la définition et la mise en œuvre de politiques en faveur d’une meilleure articulation.

Marine Godaux

[1] « Les femmes renoncent nettement plus souvent que les hommes aux activités personnelles ou sociales, ce qui signifie qu’elles portent plus que les hommes la charge des difficultés de conciliation. » Le renoncement semble le même pour les activités ménagères ou administratives, mais ce résultat est trompeur: les hommes s’investissant moins souvent dans ces activités, une même fréquence apparente de renoncement y signifie une amplification du caractère sexué de la division du travail. » Enquête I¨SOS-Chronopost analysée dans l’article Conciliation entre vies professionnelle et familiale et renoncement à l’enfant, Gilbert CETTE, Nicolas DROMEL et Dominique MEDA, Revue de l’OFCE n°092, 2005

[2] Enquête Emploi du temps 2009-2010 de l’Insee

[3] Quel temps pour les activités parentales, Elisabeth ALGAVA, DREES Etudes et résultats n°162, mars 2002

[5] Principaux résultats de l’enquête RTT et modes de vie, PRINCIPAUX, Marc-Antoine ESTRADE et Dominique MEDA, mai 2002

[6] Les militantes politiques et syndicales à l’épreuve du temps domestique, Yannick Le Quentrec, Informations sociales n°153, 2009

[10] 30% des cadres sont des femmes en 2008 selon Les chiffres clés de l’égalité femmes-hommes en 2011

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